[RAKATAKATAK]
C'est le bruit de nos cœurs

Une écriture collective de plateau.
Une fiction dystopique.


Mise en scène :  Gabriel Lechevalier
Avec : Logan De Carvalho — Géraldine Dupla  Gabriel LechevalierLéa Romagny

 

Spectacle en cours d'écriture et en recherche de coproductions

Création prévue à l’automne 2021

Avec le soutien de : Région Auvergne-Rhône-Alpes Théâtre des Îlets - CDN de Montluçon / Théâtre des Clochards Célestes - Scène de nouvelles créations / Ville de Gerzat /

La 2Deuche - Scène Régionale  La Baie Des Singes - Cournon d'Auvergne

Dans un futur post-capitaliste, une communauté tente de vivre amours et sexualités, libérées des normes sociales hétérosexuelles et patriarcales.

Il n’y a pas de crise de la masculinité,

il y a une révolution des masculinités à opérer. 

[La Fable] 

[L'univers]

2048 C’EST LÀ QUE COMMENCE NOTRE FABLE.


Le monde ressemble à celui de 2020, mais en plus vieux : plus usé, plus raide, moins mobile, plus ridé.

Ses plis se sont approfondis : les inégalités sociales, économiques, géographiques, culturelles... et la prégnance des normes comme repère d'appartenance ou non à l'Humanité. La montée des eaux a fait des périphéries urbaines de vastes marais-cages. Des [ZONES] où les communautés humaines sont éparpillées et tentent de survivre, partout où le sol ne se dérobe pas sous leurs pieds. La "bonne" Humanité, auto-désignée pour faire perdurer l’espèce, se retranche dans 13 [VILLES-DÔME] à travers le monde, impénétrable sauf par quelques agents d'entretien échangeant encore leur force productive ou reproductive contre des miettes et l'espoir d'un jour pouvoir intégrer le [DÔME]. Ces exploité·e·s volontaires habitent les [CERCLES], les poubelles des [dômes]. Tout ce qui est au dehors des cercles, c'est [la zone]

 

NOTRE HISTOIRE PREND PLACE DANS [LA ZONE]  EN PÉRIPHÉRIE [PARIS-DÔME] 

 

Dans les années [2010-2020], c'était dans les rues de Palerme, d'Athènes ou de Buenos-Aires ; dans les champs de Notre-Dame-Des-Landes, du Rojava syrien ou du Chiapas, que se mutualisaient toute sorte d'idées et de pratiques émancipatrices. 

En [2048], c'est aux portes de [PARIS-DÔME] que les fondements sociaux et politiques d'une vie post-capitaliste, post-patriarcale, post-impérialiste, s'inventent sous nos yeux. Dans [LA ZONE], les idées ont remplacé les dogmes. La communauté a pour base l'égalité des conditions, pour phare la solidarité, et pour méthode la liberté.

LES BATAILLES
SE MÈNERONT
AUTANT SUR LES
BARRICADES QUE
DANS LES RAPPORTS
HUMAINS.

[L'histoire]

La construction du [DÔME] est sur le point d'être achevé.  C'est en tous cas la rumeur qui circule sur [LA ZONE]. Cela veut dire qu'outre le pillage de ressources à l’extérieur et le rejet de ses déchets dans le cercle, le [dôme] va pouvoir appliquer son programme de se rendre totalement hermétique.

Or, la survie de [la zone] dépend des rapports de nécessité que le [dôme] entretient encore avec elle. Si certain·e·s dans [la zone] sont prêt·e·s à négocier avec le [dôme] les conditions de leurs existences, d'autres préparent déjà la défense. Dans la peur et l'urgence de la guerre à venir, les nouvelles relationnalités précieuses que nos protagonistes ont su prendre le temps de développer vont être mises à l'épreuve. Il s'agira d'être encore plus vigilant·e·s aux tentations virilistes, aux valeurs universalistes et autoritaires dont la guerre armée est souvent le terreau.


Pour nos personnages, les batailles se mèneront autant sur les barricades qui les séparent du [dôme] que dans les vicissitudes internes des rapports amicaux, amoureux ou sexuels qu'ils entretiennent entre eux. Car dans l'assemblée commune comme dans les groupes d'am(i)·e·s, d'a(i)mants, les conflits sont mis à jour entre personnes participant d'une même communauté de pratiques, qu'il convient donc d’interroger autrement.

[Le parcours des personnages]

EN DÉMANTELANT
L'HYPOTHÈSE DE
L'AMOUR, PEUT-ÊTRE
SE RENDRONT∙IELLES
CAPABLE D'AIMER

Il y en a deux qui sont heureu·ses ensemble et partagent un amour l'un·e de l'autre autant que de la révolution sociale. L'un pense trop et ne ressent pas assez, l'autre a du mal à canaliser ses émotions qui parfois la dépassent·i·elles ont depuis longtemps dépassé le couple et vivent à deux comme à vingt, sans exclusivité affective ni jalousie. L'une est sur les barricades et protège [LA ZONE] des agressions extérieures pendant que l'autre se concentre sur le soin à porter aux relations à l'intérieur de la communauté. Leur complémentarité avait toujours représenté "l'âme" de [la zone]. Pourtant ces deux [an]amoureux romprons pour se rendre capables de vivre la situation présente. En démantelant l'hypothèse de l'amour, peut-être se rendront·ielles enfin capables d'aimer.


Il y en a un qui vient de loin pour prendre sa part dans la guerre en cours. Il est un bras armé de la révolution internationale
et va protéger physiquement la société en train de s'élaborer ici. Il découvrira qu'une relationnalité nouvelle est à inventer et que plus la rébellion est étendue et enthousiaste, moins l’affrontement militaire devient sa mesure. Il interrogera ses réflexes guerriers dans sa vie affective et sexuelle. Il imaginera d’autres moyens d’aimer, d’autres moyens de se battre. Il mettra en question la violence possessive avec laquelle il sexait jusqu'ici, pour découvrir que toute la surface de la peau est une zone érogène, qu'il peut être pénétré et pénétrer et ne pas se juger à l'aulne du rôle qu'il tient. En même temps que ses pratiques, il enrichira son langage et celui de la communauté. 

 

Il y a celle qui vient d'arriver. Elle vient du [DÔME] et n'y retournera jamais. Elle est toujours suspecte aux yeux de beaucoup et cherche sa place. Elle a fait l’expérience d'être une femme dans une société patriarcale. Dans [la zone] elle travaille à ce que dans cette révolution et cette invention permanente, il demeure possible de conserver des désirs traditionnels (hétérosexuels, exclusifs, amoureux... etc.). Sa tolérance et son empathie la pousseront à répondre à l'urgence du combat par l'invention de nombreux modes d'organisation inclusifs pour tou.te.s à l’intérieur desquels elle s'apprivoisera comme machine-(re)désirante.

[Dans ce spectacle il y aura]

Le monde de demain en pleine [catastrophe écologique] / Des [personnes] qui choisissent leur nom et en changent / Du [maquillage] et des [vêtements moulants] et colorés sous des [capes] et des [bottes de pluie] /
Des [vagins] qui ne sont pas synonymes de [maternité] ;
Et des [testicules] qui ne sont pas synonymes de [courage] /
Des [femmes] qui en ont, des [hommes] qui n'en ont pas et [vice versa] /
Des [désirs naissants] / Des [goûts affirmés] /

Des [passions] non questionnées /

Des AG agitées entre [réformistes] et [révolutionnaires] [libertaires] et [autoritaires], [langage] et [action], [réel] et [représentation] /

 Mais aussi des [alternatives] qui comprennent plus que deux termes /

Un [orage], un [bombardement] et un [orgasme] qui éclatent simultanément /
Des [lettres d'amour] bouleversantes / Le procès d'un [viol] /
Une [guerre] / Des [cascades] / Une [scène d'amour] sur les [barricades] /
Des [diversités] fonctionnelles / Du [bondage] / Du [consentement] en question / De la [violence] / De la [tendresse] / Une [rupture] / Une [scission] /
Une [action suicidaire] à la fois magnifique et débile / Un [feu d'artifice] /

Des [corps] qui ne désirent pas être touchés /  Des [corps] qui ne désirent pas être vus / Des [mots nouveaux] comme "compersion" /
Des [puissances intérieures] sans nom /
Des [poèmes] inventés sous le coup de l'émotion / Des [discours] au micro et des [chuchotements à l'oreille] / Un [sacrifice] qui ne sera pas vain.

[Intentions]

The world is mine...

J'AI HÉRITÉ D'UN
MONDE QUI SE MODÈLE
À MON CONFORT,
POUR MON PROFIT.

J'ÉCRIS DE CHEZ LES DOMINANTS.
Je suis un homme, cis-genre, hétérosexuel, blanc, bénéficiant d'une petite éducation supérieure et d'un corps dit "valide" d'une trentaine d'années.


DE CHEZ LES HÉRITIERS.
J'ai hérité d'un monde – au sens où je n'ai jamais eu à travailler pour l'obtenir – qui se modèle à mon confort, pour mon profit.
Je n'ai rien eu à faire pour que la sexualité féminines se calque sur mes propres fantasmes pornographiques, je n'ai eu qu'à
regarder et "liker" les vidéos déjà "populaires".


DE CHEZ LES OCCUPANTS.
Car nous occupons le terrain ; médiatique, politique, du langage, des représentations, du pouvoir et de la sexualité, dans la rue
comme aux foyers. Nous en traçons les frontières à la hache, façon carte d’Afrique : en ne tenant aucunement compte des réalités du terrain, seulement de nos désirs.


DU CENTRE EXACT DE LA NORMALITÉ EN VIGUEUR.
Un monde qui me produit comme "normal" et définit toutes les autres existences (non-mâles, non-blanches, non-hétéro, trans... etc.) en fonction de la mienne.

To change...

Mais faire la liste de ses privilèges ne suffit pas.


J'ÉCRIS DE CHEZ LES DOMINANTS.
Le besoin de nouveaux modèles auxquels nous identifier.
"CAR LA VIRILITÉ TRADITIONNELLE EST UNE ENTREPRISE AUSSI MUTILATRICE QUE L'ASSIGNATION À LA FÉMINITÉ."
                                                                                                                                                   VIRGINIE DESPENTES — KING KONG THÉORIE

C'est à la relecture de King Kong Théorie que la légitimité de ma parole m'est apparue à la hauteur de sa nécessité.

"ILS AIMENT PARLER DES FEMMES LES HOMMES, ÇA LEUR ÉVITE DE PARLER D'EUX. COMMENT EXPLIQUE-T-ON QU'EN TRENTE ANS, AUCUN HOMME N'A PRODUIT LE MOINDRE TEXTE NOVATEUR CONCERNANT LA MASCULINITÉ. EUX QUI SONT SI BAVARDS ET SI COMPÉTENTS QUAND IL S'AGIT DE PÉRORER SUR LES FEMMES, POURQUOI CE SILENCE SUR CE QUI LES CONCERNE ?"

                                        VIRGINIE DESPENTES — KING KONG THÉORIE

C'est donc depuis ma position privilégiée qu'il s'agit maintenant pour moi d'articuler une pensée sur le sujet. Car croire que le silence est d'or est le luxe de ceux qui n'ont pas à se battre pour prendre la parole. Une lutte de pouvoir est en cours. Elle est aussi légitime que salutaire. Si les femmes – et avec elles toutes les "a-normales" – doivent prendre le pouvoir, il serait bon que nous soyons prêts à l'abandonner.


Ce projet de spectacle est la tentative d'un homme-cisgenrehétérosexuel de rompre la triple alliance sexe-genre-sexualité pour identifier et inventer des masculinités non-hégémoniques, qui trouvent leurs places dans la nécessaire lutte contre le patriarcat, dans la révolte féministe en cours, dans la révolution sexuelle à venir.


Si nous voyons bien par où la déconstruction masculine peut passer et comment l'aborder, nous ne savons pas encore de quoi sera fait le monde à reconstruire sur ses ruines. C'est bien cela qu'il s'agit pour nous de découvrir et d'inventer, en suivant honnêtement le chemin de notre propre déconstruction en cours, sans présumer de notre point d'arrivée.

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